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Chapitre 4
Cédrik pleurait doucement.
Seul sur le chemin le conduisant au travers de la forêt qu'il
connaissait si bien, il ne pouvait enlever de son esprit l'image de ses
parents ligotés, emmenés brutalement par ces deux grands
orques au regard vide. Alors que son père avait eu l'air relativement
calme, sa mère avait porté fébrilement son regard
dans toutes les directions, sans doute pour essayer de trouver son fils
parmi tous les prisonniers emmenés vers les montagnes du nord. Cédrik
aurait voulu lui faire comprendre qu'il était libre et sauf, mais
cela aurait été trop dangereux. Le jeune nain était
resté pendant de longues minutes à l'abris des regards des
orques, jusqu'à ce que tout bruit disparaisse, le silence épais
de la montagne après l'orage reprenant le dessus sur les cris des
familles naines déchirées et les grognements effrayants des
créatures harcelant les kidnappés.
La caverne avait été attaquée pendant que Cédrik
discutait le bout de gras avec William. La compagnie d'orques armés
jusqu'aux dents avait surpris les familles une fois l'orage dissipé,
alors que les plus courageux pointaient leur nez au dehors, étonnés
de la vitesse avec laquelle les pluies et le vent avaient cessés.
L'attaque avait été très rapide, les nains n'ayant
pas le temps de s'organiser une défense solide. Les raides des compagnies
de gobelins et d'orques venant du nord était si rares !
Quelques nains furent tués, mais la plupart se rendirent à
l'ennemi sans opposer de résistance, voyant bien que leur cause
était tout aussi perdue que celle de l'orage qui avait fait place
à un soleil radieux. Peu de sang avait coulé ce jour-là.
Mais le sort des nains était loin d'être réjouissant
: les orques avaient pour sale habitude de se lancer dans des campagnes
au sud de leur montagne de prédilection pour... aller chercher de
la nourriture. Ils gardaient leurs victimes en vie uniquement pour que
la viande ne soit pas avariée lorsqu'il rentreraient chez eux.
Cédrik connaissait les us et coutumes des orques. Il savait donc qu'à moins d'un miracle il ne reverrait sans doute jamais ni sa famille ni les siens. Il évalua que leur seul espoir était que la compagnie d'orques, trop gourmande, ne s'attaque à d'autres tribus naines des environs, plus organisées et mieux armées. Mais cette chance était infime sauf... "si les elfes venaient les aider !", dit soudain Cédrik en se relevant de sa cachette, surpris d'entendre à nouveau le propre son de sa voix. Il fallait prendre le chemin de la forêt de Llanowar au plus vite. Cédrik sortit de sa cachette, regarda autour de lui et commença à descendre vers les bois qui entouraient la montagne, quand brusquement il entendit un énorme rugissement à l'entrée de la caverne, une centaine de mètres derrière lui. Se retournant, il comprit que les orques avaient laissés une arrière-garde et se mit à courir le plus vite possible. Trois énormes orques se lancèrent à sa poursuite. Cédrik évalua rapidement ses chances de leur échapper : il fallait qu'il atteigne avant eux l'orée des bois, où il pourrait jouer de sa petite taille pour s'enfoncer dans la végétation dense qui bordait le chemin. Il n'avait plus maintenant qu'une cinquantaine de mètres d'avance sur les orques, mais il connaissait la montagne par coeur et optimisait, du mieux que ses petites jambes pouvait lui permettre, sa trajectoire vers les bois.
A bout de souflle, il atteignit enfin l'orée salvatrice avec seulement quelques longueurs d'avance sur ses poursuivants. Il s'engouffra dans les taillis et continua à progresser assez rapidement. Ce ne fut pas le cas des trois orques qui durent dégainer leurs sabres pour trancher dans la végétation épaisse afin de pouvoir progresser à un rythme beaucoup plus lent. Cédrik eut vite assez d'avance pour respirer un peu. Il fallait continuer vers le sud-est s'il voulait retrouver le chemin de Llanowar. Il poursuivit cette direction d'un pas plus tranquille, les grognements des orques se faisant de moins en moins forts. Il rentra rapidement en territoire inconnu, ses jeux avec les autres enfants nains ne l'ayant jamais amenés aussi loin dans la forêt. Au bout de quelques minutes, alors que les grondements des orques se faisaient murmures, la végétation devint moins dense. Cédrik avança un peu plus vite, mais il comprit vite qu'une fois les orques sortis du taillis, il serait vite rattrapés. Son odeur avait marqué une piste pour ses poursuivants, et ils ne lacheraient pas. Il recommença à courir pendant un court moment, puis s'arrêta net. Devant ses pieds une immense crevasse s'ouvrait, impossible à franchir sans corde. De l'autre coté de la faille la forêt était à nouveau compacte, mais Cédrik était bloqué du mauvais côté. Tournant et retournant le problème dans sa tête, il ne trouvait pas de solution. Très vite, les grognements des poursuivants s'intensifièrent.
Quelques instants plus tard, les horribles têtes des orques apparurent. Les trois créatures ralentirent l'allure, comme pour mieux profiter de leur victime prise au piège. Lentement ils se déployèrent pour entourer Cédrik, puis pas à pas resserrèrent la nasse qu'ils formaient de leurs bras écartés. Le pauvre nain n'avait décidemment pas de chance aujourd'hui...
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Cédrik entend une série de mots incompréhensibles dans sa tête, et les répète à mi-voix. Une énorme boule de feu apparait alors autour de lui, carbonisant instantanément les trois orques. |
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Des elfes cachés de l'autre côté tuent les orques d'une volée de flèches. Ils aident ensuite Cédrik à traverser la crevasse. Après quelques heures de marche ils arrivent à Llanowar. |
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Cédrik est jeté par les trois orques dans la crevasse. Ils n'ont pas vu la rivière qui coule au fond de la faille, quelques dizaines de mètres plus bas. Cédrik survit, nage pendant un long moment puis s'endors épuisé sur une des berges. |
Celui qui semblait diriger le groupe leva la main en signe d'accueil et s'adressa à Cédric : "Tu es en limite du domaine de Llanowar, jeune nain ! Que viens tu donc faire si loin de chez toi, en si mauvaise compagnie ?". Après un court moment de silence Cédrik prit la parole. Il essaya de ne pas trop bafouiller en racontant ses aventures des dernières heures, mais les événements qu'il venait de vivre rendaient son discours haché et peu convaincant. Il remarqua seulement une légère réaction à la mention du nom du grand sorcier qui l'avait empêché se briser le cou.
"...Et les trois orques allaient m'attraper lorsque vos flèches les ont coupé dans leur élan. Voilà.", conclut un peu piteusement Cédrik. Le leader des archers elfes fit alors un geste en direction d'un de ses compagnons, qui sortit aussitôt de son sac une longue corde enroulée. L'elfe réalisa une sorte de noeud coulant à une des extrémités de la corde, et lança le bout de corde ainsi noué au jeune nain. "Accroche ce cordage à la racine qui dépasse, là," indiqua l'elfe en montrant le point d'attache. Cédrik passa le noeud autour de la racine, et l'elfe fit passer la corde derrière un arbre de son côté de la faille et la tendit. "Tu peux maintenant nous rejoindre, jeune nain", proposa le chef du groupe d'archers.
Cédrik ne se fit pas prier. Il venait de vivre les heures les plus pénibles de sa courte vie, et un premier moment de répit se proposait à lui par le biais de ce quatuor d'elfes bienveillants. Il traversa sans problème, se félicitant d'avoir beaucoup joué avec des ponts de corde depuis sa petite enfance. Ses gestes étaient sûr et précis, et une fois de l'autre côté il remarqua avec fierté le sourci froncé d'étonnement d'un des elfes au regard de sa prestation. Le leader prit alors la parole : "Nous savons qu'un grand danger menace notre forêt, c'est pourquoi nous avons renforcé nos patrouilles le long des frontières du domaine de Llanowar. Suis-nous, ton récit doit être rapporté à notre reine Irima. Elle sera contente d'avoir des nouvelles de son cousin William !".